Les économistes parlent de 2010
Le monde va vers un nouveau cycle d'inflation. L'information est donnée par Willem Buiter, Professeur d'économie politique européenne à London School of Economics and Political Science en Angleterre. C'était lors d'une discussion de très haut niveau en vidéo-confèrence sur les questions économiques mondiales organisée hier par la Banque mondiale.
Malgré les nombreux plans de relances à travers le monde, la crise financière et économique persiste. Le bout tunnel est prévu pour 2010. Ce n'est pas Willem Buiter, Professeur d'économie politique européenne à London School of Economics and Political Science en Angleterre qui dira le contraire. A l'en croire « la crise financière et la récession qui la suit produisent un impact grave sur les économies. Il y a une chute de 6% de la croissance. Nous n'avons pas eu de stabilisateur et il y a eu un accroissement de la dette.» En d'autre terme, le système fait défaut par rapport à la dette conventionnelle. Et de révéler que « le caractère privé de la banque est terminé » avant de demander aux bonnes banques de « travailler sur l'actif ». Qu'est ce qu'une mauvaise banque ? « C'est une banque qui traîne ses passifs non sécurisés » répond Willem Buiter. Prenant la parole, le Vice-Président et Chef du réseau de la réduction de la pauvreté et de la gestion économique, Dany Lipziger a insisté sur la manière d'élaborer les politiques économiques. « Nous devons être beaucoup plus intelligent dans nos manières d'élaborer des politiques économiques. La crise va continuer jusqu'en 2010 » a-t-il révélé. Pendant cette période la situation sera difficile pour le fonctionnement des marchés. Les conséquences seront nombreuses pour les pays sous développés qui feront face à une accélération de la pauvreté. D'après Dany Lipziger, « les fonds mobilisés pour assister les pays sont insuffisants. Alors que les grandes économies continuent de lutter pour leur survie ». En terme d'investissements étrangers directs, il n'y a pas de perspectives. Ce qui a pousser Dany à exhorter les Gouvernements à rééquilibrer les politiques à travers une meilleure gouvernance. Car la grande majorité des populations ne doit pas être « négligée ». Toujours selon M. Lipziger, « je crois qu'à travers les changements, il faut vraiment assurer le contrôle tout en appuyant l'innovation. Il faut qu'il y ait un système d'alerte mis à la disposition des décideurs. Avoir des indicateurs automatiques qui leurs permettent de faire face à la crise ». L'objectif est de « renforcer » le système financier. Pour l'atteindre, il a plaidé pour « une combinaison des solutions ». Et une partie des solutions est de « fournir des liquidités ». Les Banques centrales doivent mettre des moyens pour avoir des liquidités.
Règlementation des orientations macro-économiques
« Il faut des stratégies et ce ne sont pas des stratégies simples. Il nous faut continuer à discuter pour faire face à cette crise. Les politiques monétaires peuvent nous aider » a-t-il expliqué. Pour ce faire, il a demandé « une amélioration des motivations pour les réussites de gestion de risque ». Jaime Caruana quant à lui, est le Directeur général de la Banque des règlements internationaux de Suisse. A l'en croire, « c'est une crise qui requiert beaucoup d'ajustements et le processus de reprise sera lent ». Les raisons découlent de l'échec des marchés dans l'industrie financière dans un environnement macro économique non favorable. Selon Jaime Caruana, « en temps de crise, il y a beaucoup d'incertitudes ». La solution est de réglementer pour procéder aux ajustements. « Il faut trouver un juste milieu et éviter un excès de réglementations » a-t-il informé. Il poursuit, « nous devons mener la dernière bataille. Il y aura sans nul doute un nouveau boom qui va aiguiser des appétits. C'est dans cette période faste, quand les risques seront minimisés qu'on pourra trouver des solutions pour éviter que ces genres de situations ne se reproduisent plus et que le système financier puisse se présenter d'une manière différente. Les institutions financières doivent travailler ensemble pour arriver à bout de la crise. La règlementation doit être assister par de bonnes orientations macro-économiques. » La seule femme de la conférence, en l'occurrence, Carmen Reinhart, professeur d'économie à l'Université de Maryland aux Etats-Unis dira : « Certains pays ont financé le déficit budgétaire, d'autres pays ont connu ces problèmes car la dette n'était pas considérée comme un élément à risque. La dette privée s'est accentuée et cela a eu des effets sur les finances publiques. Sans être mélodrame, je peux dire que les choses pourraient s'empirer ».
Cheikh Talibouya AÏDARA
Paru dans Le Matin du 29 avril 2009